Anne de Bretagne, épouse de Charles VIII et de Louis XII

 

  Fille de François II de Montfort, duc de Bretagne et de Marguerite de Foix, Anne naît à Nantes le 26 janvier 1476.

 

  Son éducation est très soignée. Elle n’a qu’une sœur cadette, Isabelle, qui mourra jeune. Elle est donc l’héritière du duché breton (alors indépendant du royaume de France, ceci expliquant que la loi salique n’entre pas en jeu). Anne parle couramment le grec, le latin et l’hébreu, est initiée au droit, et pratique avec aisance tous les arts qu’une demoiselle doit connaître : broderie, danse, musique et poésie.

 

    Son père, François II, conclut le traité de St Aubin-du-Cormier, stipulant que sa fille ne pourra se marier sans l’assentiment du roi de France, alors Charles VIII. Le duc meurt peu après, laissant Anne orpheline, mais très mature pour ses douze ans.

 

  On se concerte pour lui trouver un mari. Ce n’est guère chose aisée : Charles VIII fait pression sur la petite duchesse qui passe outre le traité : elle convoite Maximilien d’Autriche, qu’elle épouse par procuration en juillet 1490.

 

  Le roi, quand à lui, a également une fiancée : Marguerite d’Autriche, fille du même Maximilien. Elle a trois ans de moins qu’Anne, mais est fort charmante et Charles VIII et elle sont liés d’une affection réciproque, et Marguerite apporte en dot le duché de Bourgogne, ce qui est une importante victoire politique, quand on songe aux difficultés que le Téméraire son grand-père a fait subir à Louis XI.

 

  Mais Anne de Beaujeu, régente de France, qui a décidé de l’union de son frère, se rétracte et décide de tenter de lui faire épouser Anne de Bretagne. Il siége alors la ville de Rennes où la duchesse, recluse dans son château, tente tant bien que mal de lutter. Après des mois de siége, elle se rend, pour la paix de son peuple.

 

  Le mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII est célébré discrètement au château de Langeais, très sobre, à mi-chemin entre Nantes et Paris. La cérémonie à lieu la nuit du 5 au 6 décembre 1491.

 

  Un traité, le traité de Langeais, est signé. Il stipule qu’Anne garde son titre de duchesse, mais laisse au roi l’administration de la Bretagne. Le point le plus atypique de ce traité, est qu’il oblige Anne, si elle se retrouve veuve sans enfants, d’épouser le successeur du roi, le premier prince de sang.

 

  Le couple semble assez uni. Ils auront plusieurs enfants :

-Charles-Orland (1492-1495)

-Charles (1496-1496)

-François (1497-1497)

-Anne (1498-1498)

 

  Lorsque Charles est à Naples, il laisse à Anne l’administration du royaume pour se livrer à une vie de débauche, où il aura de très nombreuses conquêtes, pas seulement militaires. Anne le laisse faire, mais refuse l’intronisation d’une maîtresse en titre à la cour.

 

  Le 7 avril 1498, Charles VIII meurt d’une congestion cérébrale, après s’être heurté la tête contre le linteau d’une porte basse. Anne s’en montra très dolente, comme nous dit Brantôme : « Elle eut un très grand regret à la mort du roi Charles, tant pour l’amitié qu’elle lui portait que pour ne se voir qu’à demi reine, n’ayant point d’enfants ».

 

  Mais la duchesse oublie Louis d’Orléans, fils du cousin germain de Charles VII, qui a des droits sur la couronne. Selon le traité, elle devrait l’épouser. Il est cependant marié à Jeanne de France, souffrant de nombreuses malformations et qui est supposée stérile.

 

  Va s’engager un long procès de répudiation dont Louis sortira vainqueur. Il s’unit donc à Anne de Bretagne, le 8 janvier 1499 à Nantes.

 

  Le couple est visiblement très heureux, et le roi ne manquera pas de surnommer sa jeune épouse « sa chère Bretonne ». Ils auront deux filles, qui survivront :

-Claude de France (1499-1524)

-Renée de France (1510-1575)

 

  Ainsi que deux fils qui moururent aussitôt, en 1503 et en 1512.

 

  Anne de Bretagne est une personne au caractère très affirmé, qui persévère dans le but de sauver l’indépendance de son duché. Son époux l’estime beaucoup et admire son intelligence. Elle prend place dans les affaires de France, est aimée du peuple. Cependant, en 1504, où Louis XII fut très malade, Anne décide de diriger ses effets personnels à Nantes, où elle prévoyait de se rendre une fois veuve. Le maréchal de Gié l’arrête et la menace de quitter la cour. Tout le monde se méfia alors d’elle.

 

 

  Puis un autre désaccord éclate entre elle et son mari. Louis XII est décidé à marier Claude, leur aînée, à celui qui sera l’héritier présumé : François d’Angoulême. Anne ne l’entend pas de cette oreille. Jusqu’à sa dernière heure, elle espèrera donner un fils au roi. Pour que le duché breton soit sauvé des mains de celui qu’elle trouve orgueilleux, François, elle préfère unir sa fille à Charles Quint, qui ferait d’elle une impératrice. Louis XII ne cède pas et cela les sépare, malgré la bonne volonté du roi surnommé «Le débonnaire ».

 

  Outre se mêler de politique, Anne décide de renouveler la cour qui est la sienne. Elle tient à s’entourer de dames et de demoiselles intelligentes, lettrées, polies et brillantes, vêtues en costume breton. Cette cour vit dans un faste non négligeable, mais Anne refuse les plaisanteries et badineries. Elle se montre souvent assez sévère, mais est dite très bonne malgré tout. Elle s’entoure volontiers d’hommes, bretons de préférence. Ils l’attendaient pour l’accompagner en promenade dans les jardins du château de Blois, sur la terrasse que l’on surnommait «La Perche aux bretons ».

 

 

  Trois hommes, Jean Meschinot, Jean Marot et Jean Bourdichon ont rédigé et illustré ses très fameuses Heures. Elle est très soucieuse de son entourage.

 

  Anne de Bretagne se remet mal de sa dernière grossesse, en 1512. Elle a 35 ans, ce qui est un âge où, à son époque, une femme peut difficilement procréer. Elle en survit ébranlée par une infection urinaire, et un mal sournois la rongeait, la gravelle ou la « pierre » comme l’on disait alors, ne lui laissait peu d’espoir de survie. Elle se sédentarise au château de Blois, où son époux et ses filles se sont également établis.

 

  Le mal de la reine empire au lendemain de Noël. Elle se confesse, écrit son testament, où elle lègue, contre tout attente, ses biens et l’éducation de ses filles à Louise de Savoie, sa pire ennemie de son vivant, bien consciente que Claude épousera à sa mort François d’Angoulême.

 

  Elle subit une forte crise le 2 janvier 1514, et expire le 9 du même mois, à Blois.

 

  Louis XII ne s’en remettra jamais. Il aurait dit : « Devant que l’an soit passé, je serai avec elle et lui tiendrais compagnie ». Il lui organise des funérailles somptueuses à St Denis.

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