Aliénor d'Aquitaine, épouse de Louis VII

  Née vers 1122, Aliénor est fille de Guillaume X d’Aquitaine et d’Aliénor de Châtellerault. Réputée « perpulchra » (d'une beauté incomparable), libertine et possédant un goût prononcé pour les lettres, elle hérite du vaste duché de son père à sa mort en avril 1137. Dans son testament, le duc Guillaume accepte le rattachement de son territoire (Guyenne, Gasgogne, Poitou, Marche, Limousin, Angoumois, Saintonge et Périgord) au domaine royal, à la condition que le dauphin Louis épouse sa fille, Aliénor.

 

  Incité par son conseiller Suger, le vieux roi Louis VI conclut l’alliance. Les noces se déroulent à Bordeaux le 25 juillet 1137. La grande candeur du dauphin, pourtant de trois ans son aîné, déçut l’ardente Aliénor.

 

  Le couple apprit peu après la mort du roi Louis le Gros, survenue le 1er août. Louis VII et Aliénor sont couronnés le 25 décembre 1137 à Bourges. La reine donnera deux filles à Louis :

-Marie (1138-1198)

-Alix (1149-1184)

 

  Louis VII est dit épris de sa femme et fidèle à ses conseils. Aliénor aurait été en partie responsable d’un conflit avec le comte de Champagne (car il aurait pris sous sa protection l’archevêque de Bourges dépossédé de son titre). Le roi fit alors incendier Vitry-sur-Marne en 1142, causant la mort de plus d’un millier de fidèles réfugiés dans l’église.

 

  Pour se racheter publiquement de cette erreur, Louis décide de partir en croisade. Aliénor accepte avec enthousiasme de suivre son époux, et prépare avec soin un cortège abondant et fastueux. Le roi pensa agir avec sagesse que d’emmener sa femme en Terre Sainte, pour pouvoir surveiller ses mœurs légères.

 

  Le départ à lieu le 11 juin 1147. Le parcours terrestre étant préféré à la mer, le cortège royal fit ainsi halte à Belgrade, puis à Byzance. Les luxes orientaux émerveillent Aliénor. Enfin, le roi et la reine arrivèrent à Antioche. Aliénor eut la joie de revoir son oncle Raymond de Guyenne, lequel se montra d’amblée trop galant avec elle pour ne pas éveiller la jalousie du roi. La reine, délaissée du roi Louis, aurait eu, durant ce séjour, de nombreux amants, dont même, selon Mathieu de Paris, un Infidèle. Le moine Albéric ne manqua pas de souligner : «A Antioche, l’inconduite de cette femme fut publique. Elle se conduisit, non comme une reine, mais comme une fille commune».

 

  Louis VII ne manqua pas de reprocher sa conduite à Aliénor. Elle aurait déclaré « Ce n’est pas un roi que j’ai épousé, c’est un moine ». Humilié par les reproches de son épouse sur sa virilité, le roi prit alors plus à cœur ses devoirs. Il en advint de la princesse Alix. Malgré cela, Aliénor s’employa à obtenir le divorce, prétextant un lien de parenté. Sur le chemin du retour, ils s’arrêtèrent à Rome, où le pape confirma leur épousailles.

 

 

  Mais bien vite, la reine oublia ses promesses de bonne conduite. Louis VII envisagea alors sérieusement la séparation, malgré l’opposition de Suger, son conseiller. Malgré les enjeux politiques de taille (personne n’ignorait le risque qu’Aliénor apporte ses terres en dot à un nouvel époux, affaiblissant considérablement la France), le roi réunit des évêques complaisants, qui, eux, virent un lien de parenté. A la mort de Suger, un concile eut lieu à Beaugency (1152) et le mariage royal fut dissous le 18 mars, à la grande joie d’Aliénor.

 

  Conformément aux craintes de tous, la reine répudiée, qui avait alors 30 ans, se remaria le 18 mai 1152 à Henri Plantagenêt, de dix ans son cadet. Les noces eurent lieu à Bordeaux, et, par ce mariage, Henri devint duc d’Aquitaine. Aliénor lui donna huit enfants :

-Guillaume (1153-1156)

-Henri (1155-1183)

-Mathilde (1156-1189)

-Richard Cœur de Lion (1157-1199)

-Geoffroy (1158-1186)

-Aliénor (1162-1214)

-Jeanne (1165-1199)

-Jean sans Terre (1167-1216)

 

  L’époux d’Aliénor avait des droits sur le trône d’Angleterre, en temps que petit fils de Guillaume le Conquérant. Il était si populaire outre-Manche qu’il réussit à se faire nommer roi à la mort d’Etienne 1er, qui n’avait pas de fils, en 1154. Ainsi, les vastes terres d’Aliénor devinrent possessions anglaises, au grand dam de Louis VII.

 

  Le 15 décembre 1154, Henri et Aliénor sont sacrés souverains d’Angleterre à l’abbaye de Westminster. Aliénor n’est guère heureuse en ces terres étrangères, surtout à cause du tempérament infidèle de son époux, qui la trompe avec Rosamonde Clifford. Malgré ses protestations, Henri refusa de s’en séparer. Selon certains, Aliénor aurait fait mourir la maîtresse.

 

  Pour se venger, la reine monta ses fils contre leur père. L’aîné, Henri (Guillaume mourut jeune), qui souhaitait accéder au trône sans délai, vit sa mère se mettre de son côté, ainsi que vers Richard et Geoffroy. Aliénor ira même jusqu’à chercher du soutien auprès de son ex-époux, Louis VII.

 

  Henri Plantagenêt finit par emprisonner sa femme dans la tour de Salisbury, en 1173. Aliénor sut profiter de cet enfermement pour reconstituer auprès d’elle une cour, où elle règne au milieu de troubadours et de courtisans, probablement de ses amants, comme Bernard de Ventadour ou Richard de Poitiers.

 

  La mort du roi, en 1189, libère Aliénor. Son fils Richard Cœur de Lion monte sur le trône. La reine mère s’emploie à casser l’union du roi son fils avec Alix de France (fille de Louis VII et de Adèle de Champagne), et se rend jusqu’en Navarre pour lui amener Bérangère, la fille du roi Sanche. Richard l’épouse en 1190. Peu après, il prend part à la troisième croisade où il est capturé, au retour, par l’empereur germanique Henri IV. Malgré son âge avancé, Aliénor se rendra jusqu’en Germanie où elle livre à Henri IV une rançon énorme.

 

  Richard meurt en 1199. Aliénor réussit à mettre son fils Jean Sans Terre au pouvoir, au détriment d’Artus, fils de Geoffroy. Cette démarche permet à la reine de garder son influence politique.

 

  A presque 80 ans, Aliénor se rend en Castille où elle retrouve sa fille, Aliénor d’Angleterre. Là-bas, elle négocie l’alliance du dauphin de France Louis (petit-fils de Louis VII) avec sa petite-fille Blanche.

 

  Enfin, Aliénor se retire à l’abbaye de Fontevrault. Elle y meurt le 31 mars 1204.

 

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